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d'une personne atteinte
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Drame à Saint-Romain : Sans mots… mille et un mots

15 février 2012

Québec, le 14 février 2012 | Sans mots pour décrire la souffrance vécue par les victimes lors de cet horrible triple meurtre… Sans mots pour imaginer la souffrance vécue par leurs parents et les membres de leur entourage… Sans mots pour décrire la souffrance du présumé meurtrier qui n’avait plus le contrôle de sa tête… S-O-U-F-F-R-A-N-CE sont les seules lettres mises côte à côte qui peuvent traduire ce drame de vie inqualifiable.

Je travaille avec et pour les familles qui accompagnent un proche atteint de maladie mentale depuis plus de 20 ans. Depuis toutes ces années, j’entends leur peine et leur désarroi, mais trop souvent leur limite face au système. Pour moult raisons, bonnes ou mauvaises, les intervenants de différents milieux font la sourde oreille malgré les mille et un mots que les familles utilisent pour tenter de se faire entendre, surtout de se faire comprendre.

Le drame de Saint-Romain éveille en nous le pire et le meilleur. Depuis la fin de semaine, j’ai entendu des gens s’exprimer, j’ai lu des opinions qui peuvent faire frémir, l’éloge de solutions miracles pour contrôler ces gens qui font peur; des idées surréalistes qui malheureusement, peuvent trouver l’aval de la population. Un drame qui a également suscité un élan de compassion hors du commun.

À qui imposer la faute, la responsabilité d’un tel drame? Quelles sont les solutions pour permettre aux milliers de gens qui composent avec une maladie mentale et aux membres de leur entourage de vivre en toute quiétude? Beaucoup de questions dont les réponses sont à la fois simples et complexes. Pour cerner le réel problème dont on parle, il faut faire un premier constat : ne jamais perdre en tête que la majorité des personnes qui ont une maladie mentale ne sont pas dangereuses. D’ailleurs, ont parle trop rarement de leurs succès, du long parcours qui les ont amenées vers leur rétablissement. Des gens courageux qui admettent et reconnaissent leurs limites mais surtout, qui sont volontaires dans leur traitement.

Le drame de Saint-Romain, nous amène dans une autre voie, celle d’une minorité de gens qui, en raison de leur maladie, de leur refus de se faire traiter et des mille et une lacunes de notre système, passent entre les mailles du filet et en viennent à commettre l’irréparable. À qui la faute? C’est relativement facile de dire que c’est au Gouvernement, ses fonctionnaires, les établissements, les médecins, les intervenants sociaux, les policiers, les juges, l’argent et ultimement, les familles! Ce n’est malheureusement pas si simple puisque notre système est ancré sur la Charte des droits et libertés qui permet à tout citoyen de prendre les décisions qui le concernent et ce, à moins que ce dernier ne soit pas apte à le faire. Parler d’inaptitude dans le domaine de la santé mentale n’est pas une mince tâche car tout est basé sur la notion de dangerosité, une approche ou la subjectivité est à l’honneur!

Il y a donc un problème fondamental relié à des fondements législatifs, un angle qu’il faut revoir et ce, pour maximiser la sécurité personnelle des personnes atteintes de maladie mentale qui refusent l’aide disponible et la sécurité collective. Il y a également des solutions terrain qui peuvent être relativement simples à mettre en place : services d’aide en situation de crise, suivi systématique pour des personnes qui en requièrent le besoin, des protocoles d’accueil et de sortie pour soutenir les familles et maintes autres solutions que l’on met sur la table depuis plus de 20 ans.

Je suis à la direction d’une fédération qui regroupe 38 associations qui répondent annuellement à plus de 60 000 demandes d’aide de parents, de conjoints, d’enfants, de frères, de sœurs, d’amis qui vivent une détresse émotionnelle trois fois plus élevée que celle de la population générale, qui se sentent complètement démunis devant la maladie mentale de leur proche. Petit à petit, nos intervenants travaillent avec eux pour les amener dans une zone de confort ou l’accompagnement qu’ils offrent à leur proche se fait dans le respect des uns et des autres. C’est un long processus qui prend du courage et de la détermination.

Le drame de Saint-Romain est l’exemple parfait des ratées de notre système : une mère courageuse qui ne s’est pas donné le droit de refuser le gîte à son fils, un homme désespéré que l’on a laissé à lui-même et qui, en raison des éléments énumérés ci-haut, a fait trois malheureuses et innocentes victimes.

Aujourd’hui, je dis ASSEZ, C’EST ASSEZ! Que tous les leaders qui sont concernés par cette problématique particulière des gens qui refusent de se faire soigner se lèvent pour prendre des décisions courageuses, tout comme le font quotidiennement nos familles.

En terminant, en mon nom personnel et celui de dizaines de milliers de familles que la FFAPAMM représente, nos plus sincères condoléances à tous les membres de la famille éprouvée.

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Lettre ouverte rédigée par Hélène Fradet, directrice générale de la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale (FFAPAMM)

MERCI à nos partenaires :