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La Maladie Mentale: Au-Delà Des Maux

02 septembre 2010

Nous sommes heureux de vous informer que la directrice générale de la Fédération, Mme Hélène Fradet, fait partie des auteurs ayant contribué à un numéro spécial de la revue Intersection portant sur le thème Comprendre pour mieux interagir, le volet 1 portant sur la santé mentale.

La revue Intersection est un bulletin d’information et de liaison sur la police de type communautaire qui vise à favoriser la création ainsi que le maintien de liens entre les intervenants concernés et intéressés par le sujet.

Pour consulter la Revue en entier et les éditions précédentes, nous vous invitons à visiter le site Web du ministère de la Sécurité publique.

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Au cours des dernières décennies les sciences médicales ont beaucoup évolué. Concrètement, les technologies se sont peaufinées, les formations et les pratiques ont changé et ce, pour le mieux être de la santé physique et mentale des différentes populations. Cet axe a également permis la désinstitutionnalisation de milliers de personnes qui vivaient dans les « asiles » sous la responsabilité de l’État, un tournant qui a permis l’intégration citoyenne de plusieurs individus. Toutefois, encore aujourd’hui, des gens vulnérables et sans réseau social se retrouvent à la rue ou dans leur famille. Or, tout comme l’ensemble de la population, les intervenants sociaux et les policiers doivent composer avec cette clientèle, notamment lorsque les personnes sont en situation de crise. Pour ce faire, pour intervenir efficacement, il faut avoir obligatoirement une bonne compréhension de la problématique.

Les mots et leur incidence
Parallèlement à l’évolution de la science, il s’est inscrit une réflexion sociale qui a entraîné une adaptation des terminologies utilisées pour identifier les différents problèmes médicaux et sociaux. À titre d’exemple, l’expression « aveugle » qui décrit la personne qui souffre de cécité s’est modifiée en respect des limitations de l’individu; on parle maintenant de « personne non voyante. » Il en est de même dans le domaine de la santé mentale, un champ où la terminologie utilisée a entraîné de nombreux dérapages ayant pour effet d’amplifier les préjugés. Fou, dément, écervelé, aliéné, mongol, ne sont que quelques épithètes qui permettaient de décrire les personnes qui avaient un comportement « différent » et ce, nonobstant si la personne était atteinte de maladie mentale, d’une déficience intellectuelle ou encore d’un problème situationnel provoquant un problème de santé mentale temporaire.

Heureusement, tout comme en santé physique, le domaine de la santé mentale s’est réformé. Dans un premier temps, des nuances ont été établies pour distinguer la santé mentale, la maladie mentale et la déficience intellectuelle. Une tangente qui a permis de mieux définir les problématiques et les besoins, mais qui a aussi promu le respect des personnes éprouvées par la honte et la discrimination.

Les grandes nuances
La confusion dans la terminologie pour désigner un problème est l’indice que celui-ci est entouré de fragilité, de mystère ou de méconnaissance. Il faut donc s’attarder aux définitions pour bien comprendre chacune des problématiques.

La santé mentale
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, une personne en bonne santé mentale est une personne capable de s’adapter aux diverses situations de la vie, faite de frustrations et de joies, de moments difficiles à traverser ou de problèmes à résoudre. Une personne en bonne santé mentale est donc quelqu’un qui se sent suffisamment en confiance pour s’adapter à une situation à laquelle elle ne peut rien changer ou pour travailler à la modifier si c’est possible.

Bref, posséder une bonne santé mentale, c’est parvenir à établir l’équilibre entre tous les aspects de sa vie physique, psychologique, spirituelle, sociale et économique. Ce n’est pas quelque chose de statique, c’est plutôt quelque chose qui fluctue sur un continuum, comme la santé physique.(1) À titre d’exemple, une personne peut avoir une santé mentale chancelante suite au décès d’un proche ou d’un épuisement professionnel. La santé mentale, tout comme la santé physique, concerne l’ensemble de la population.

La déficience intellectuelle
D’entrée de jeu, précisons que la déficience intellectuelle n’est pas une maladie. Il s’agit plutôt d’un état permanent qui se caractérise avant l’âge de 18 ans. Selon l’Association américaine sur le retard intellectuel, il s’agit d’une incapacité caractérisée par des limitations significatives du fonctionnement intellectuel et des limitations significatives des habiletés adaptatives conceptuelles sociales et pratiques. En 2004, l’Association québécoise pour l’intégration sociale rapportait qu’environ 3% de la population présente une déficience intellectuelle. Donc, au Québec, il y aurait plus de 228 000 personnes touchées par cette problématique.(2)

Aujourd’hui, en vue de dépister la déficience intellectuelle, on intensifie l’intervention auprès des enfants de 0 à 5 ans qui présentent des retards de développement. La déficience intellectuelle peut s’accompagner de déficience motrice, physique et quelquefois de maladie mentale.

La maladie mentale
La maladie mentale affecte le comportement et l’affectif, sans lien avec le fonctionnement intellectuel de la personne. Elle apparaît généralement au début de l’âge adulte. Les maladies mentales sont caractérisées par des altérations de la pensée, de l’humeur ou du comportement (ou une combinaison des trois) associées à un état de détresse et à un dysfonctionnement marqués. Les symptômes de la maladie mentale varient de légers à graves, selon le type de maladie mentale, la personne, la famille et le contexte socioéconomique.(3)

Selon le Rapport sur les maladies mentales au Canada, les maladies mentales touchent des personnes de tous âges, niveaux d’instruction, niveaux de revenu et cultures. 20 % des Canadiens et Canadiennes seront personnellement atteints d’une maladie mentale au cours de leur vie et le 80% qui reste sera affecté par une maladie mentale chez un membre de la famille, un ami ou un collègue. Cette donnée démontre hors de tout doute l’ampleur du phénomène.

Les diagnostics associés à la maladie mentale
Quoique parfois non-diagnostiquées, les personnes atteintes présentent des manifestations cliniques qui sont souvent associées aux 5 maladies mentales les plus courantes. En voici une brève description.

La schizophrénie
La schizophrénie est considérée comme étant l’une des maladies mentales les plus sévères. La personne est incapable d’harmoniser sentiments et pensées. Dans sa phase la plus grave, la maladie peut entraîner des délires, tel un sentiment de persécution. La personne vit des hallucinations qui peuvent être auditives, visuelles, olfactives ou sensorielles. La schizophrénie provoque également des troubles de la pensée; la personne éprouve des difficultés à associer des idées et elle est souvent incohérente. On estime que 1% de la population est atteinte de schizophrénie, ce qui représente environ 76 000 hommes et femmes au Québec.

Le trouble bipolaire
Cette maladie comporte deux phases. En phase de manie (les hauts), la personne démontre une confiance exagérée en elle-même et ses projets sont dans la démesure; à tel point qu’elle ne prendra pas le temps de manger, ni de dormir. En phase dépressive (les bas), elle perd goût à la vie, elle est incapable de se concentrer et elle souffre de fatigue chronique. Dans les deux cas, la personne vit des moments difficiles. Il faut se rappeler qu’il y a une phase « normale » où l’individu fonctionne relativement bien. Au Québec, on évalue que près de 45 000 hommes et 69 000 femmes sont atteints d’un trouble bipolaire, ce qui représente 1,2 % de la population masculine et 1,8% de la population féminine.

La dépression sévère et persistante
Les gens qui souffrent d’une dépression profonde sont constamment tristes, découragés et irritables. Ils sont incapables d’éprouver du plaisir. Ils ont de la difficulté à se concentrer ou à penser avec clarté. Ils se sentent souvent coupables et indignes d’être aimés, certains pensent même à mourir. La dépression sévère et persistante ne disparaît pas d’elle-même et les individus qui en sont atteints doivent être traités afin d’éviter que les symptômes ne s’aggravent. Environ 8% des adultes souffriront d’une dépression majeure dans leur vie alors qu’elle affectera 17% d’adolescents et 7% d’adolescentes.

Le trouble de personnalité limite
Il s’agit d’un mode général d’instabilité de l’image de soi, des relations interpersonnelles et de l’humeur. Les symptômes sont très variés et peuvent aller jusqu’à la psychose. Les caractéristiques du trouble de personnalité limite s’expriment dans quatre sphères : les rapports interpersonnels instables et intenses, les émotions rattachées à une instabilité affective, une perturbation marquée de l’identité caractérisée par une incertitude concernant plusieurs questions fondamentales comme l’image de soi et enfin, l’impulsivité, particulièrement dans les activités comportant des dangers pour la personne elle-même. D’après des données américaines, 6 à 9% de la population souffre d’un trouble de la personnalité.(4)

Le trouble obsessionnel-compulsif
Ce trouble est associé à des idées ou des impressions répétitives, embarrassantes et indésirables. Il peut être associé à des comportements répétitifs et à des rituels afin de calmer une obsession ou soulager l’anxiété. La plupart des gens reconnaissent que leur comportement est absurde et excessif, mais sont incapables de se contrôler. Les obsessions prennent la forme de préoccupations concernant la saleté, de pensées angoissantes ou d’un besoin de placer des objets dans un certain ordre. Quant aux compulsions, elles se traduisent par des vérifications répétitives, par des lavages ou nettoyages excessifs. Au Québec, de 2 à 3% de la population souffre d’un trouble obsessionnel-compulsif.

Les impacts chez les membres de l’entourage
L’ensemble des situations mentionnées précédemment sont souvent aussi difficiles à vivre pour la famille que pour l’individu. La plupart des membres de l’entourage vivront des changements importants qui seront vus comme négatifs, du moins jusqu’à ce que la période d’adaptation soit terminée. Des problèmes de communication et de soutien matériel, combinés à des sentiments de colère, de peur et de culpabilité font en sorte que les familles vivent une détresse émotionnelle trois fois plus importante que celle de la population en général.

À cet égard, quoique les membres de l’entourage ne soient pas visés spécifiquement lors des interventions policières, il est important de rappeler qu’il faut considérer les familles afin de les diriger vers des ressources qui leur permettront d’être informées et rassurées sur la problématique et ses conséquences.

En tout temps, les policiers du Québec peuvent diriger les familles vers l’une des 39 associations-membres de la FFAPAMM. Il s’agit simplement de composer le 1 800-323-0474. Des services d’interventions psychosociales, des activités d’information, de formation, des groupes d’entraide et des mesures de répit-dépannage sont accessibles aux membres de l’entourage et ce, gratuitement dans toutes les régions du Québec.

Pour favoriser le mieux-être des personnes atteintes de maladie mentale et leur famille, l’ensemble des acteurs médicaux et sociaux doivent faire équipe et ce, dans le respect des compétences de chacun.

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Références

  1. ACSM-Chaudière-Appalaches, sur le web, http://www.acsm-ca.qc.ca/definition-sm/
  2. Association de Sherbrooke pour la déficience intellectuelle Inc., sur le web, http://www.asdi-org.qc.ca/defdi.php
  3. Gouvernement du Canada, Aspect humain de la santé mentale et de la maladie mentale du Canada, 2006
  4. Rapport sur les maladies mentales au Canada, Santé Canada, 2002

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