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Comment dire non

29 janvier 2010

Les aidants naturels se sentent souvent à la merci du malade, incapables de lui refuser certains services même s’il s’agit de demandes exagérées. Les besoins et les désirs du malade entrent souvent en conflit avec ceux du soignant. Ce dernier est un être humain à part entière, avec ses droits et ses besoins. Il peut être attentif à ce qu’exprime le malade et en tenir compte sans devenir servile et soumis. Le maintien de son estime de soi et de la qualité de la relation avec le malade en dépend.

Souvenez-vous qu’avant d’avoir cette maladie, la personne dont il est question n’avait pas toujours raison, qu’elle n’était pas toujours raisonnable et qu’elle pouvait occasionnellement oublier de tenir compte des besoins et du point de vue des autres. Permettez-vous de lui exposer votre perception de la situation. Ce que vous pensez et ce que vous ressentez. Demeurez le juge de vos comportements. Vous pouvez fixer des limites, ne pas répondre à une demande ou y répondre un peu plus tard, lorsque cela vous conviendra mieux. Le rôle de soignant peut devenir tyrannique si vous renoncez au regard critique sur ce que vous avez à faire.

Certains peuvent penser qu’il est impossible de dire non d’une manière polie et même amicale, sans se fâcher. Cela est faux. Nous pouvons refuser de répondre à une demande de façon directe et polie et ou en évitant d’être manipulé par des flatteries, des pressions culpabilisantes, des menaces ou des insultes. Il n’est pas non plus nécessaire de s’excuser ou de se justifier. Si, par exemple, vous ne voulez pas rendre visite à votre mère au cours de la journée alors qu’elle vous le demande par téléphone, il peut suffire de dire: « Non. Je suis occupé cet après-midi. Je ne suis pas disponible ». Et c’est tout. Si vous vous excusez ou tentez de vous justifier, elle peut argumenter. Elle peut tenter de vous manipuler, c’est-à-dire de vous rendre coupable, anxieux, et mal à l’aise dans le but de satisfaire ses besoins. Il est probable que les premières fois que vous vous affirmerez, elle renouvellera sa demande avec insistance. Elle a le droit d’exprimer ses désirs… et vous avez le droit de décider pour le moment d’accorder la priorité à vos besoins. Dans notre exemple, vous n’avez qu’à répéter calmement que vous n’êtes pas disponible cet après-midi.

Soulignons ici la différence entre un besoin (« j’ai soif ») et un désir (« je veux un coke diète sans caféine »). Le malade peut insister pour que vous fassiez certaines démarches immédiatement parce que c’est ce qu’il préférerait, ou parce qu’il est mal informé, ou encore parce qu’il est anxieux. Cela ne signifie pas nécessairement que ce qu’il souhaite est indispensable ou même aussi utile qu’il peut vous le faire croire. Permettez-vous de vous faire votre propre idée de la situation, en tenant compte de votre point de vue et de vos besoins.

Après que vous ayez refusé d’agréer à sa demande d’une façon polie, calme et déterminée, votre interlocuteur peut insister. Plusieurs possibilités s’offrent alors à vous.

Vous pouvez lui suggérer des alternatives. Vous pouvez par exemple suggérer à votre mère: «Je ne suis pas libre aujourd’hui. Peut-être pourrais-tu demander à Jean-Paul de te visiter aujourd’hui?». Rappelez-vous toutefois que vous n’êtes pas responsable de la résolution de tous les problèmes vécus par la personne qui vous les présente. C’est une chose de lui suggérer des solutions si elle s’ennuie, c’en est une autre de vous sentir obligé de voir à ce qu’elle ne s’ennuie pas. Elle peut choisir de refuser toutes vos suggestions dans l’espoir que vous allez finalement venir chez elle. C’est son choix de refuser d’envisager les alternatives. Cela ne signifie pas que vous êtes obligé de tout mettre de côté pour accourir auprès d’elle.

Lorsque quelqu’un vous soumet une demande, soyez d’abord bien sûr de la comprendre. Au besoin, demandez-lui de la clarifier. Vous avez le droit de comprendre ce que l’on vous demande avant de prendre une décision. Méfiez-vous des gens qui vous font sentir que vous n’êtes pas intelligent si vous ne comprenez pas immédiatement ce qu’ils veulent dire, alors qu’ils ne s’expriment pas clairement. Par exemple, cela n’a pas la même implication de visiter votre mère pour partager un café que pour repeindre sa maison.

Prenez le temps de montrer que vous avez compris ce qui vous est demandé en résumant la demande. Vous pourriez dire par exemple: «Je comprends bien que tu aimerais que j’aille te visiter cet après-midi, mais je ne suis vraiment pas disponible. J’ai des choses à faire. Je suis occupé».

Une fois que vous avez bien compris la demande, vous n’êtes pas obligé de prendre une décision immédiate. Vous pouvez répondre: «Je vais y penser et je te donnerai une réponse dans deux heures (ou le lendemain, ou dans une semaine, selon le cas)». Certains malades peuvent vous presser de prendre une décision rapide sans que vous ayiez le temps d’y réfléchir. Encore une fois, ces pressions ne correspondent pas toujours à des besoins primordiaux et le temps de réflexion que vous vous donnez peut s’avérer très utile pour vous et pour le malade. Il y aura bien assez de situations où les événements ne vous laisseront pas le choix de retarder la décision. Profitez-en lorsque cela vous semble utile et possible. Évidemment, quand vous avez décidé de répondre oui ou non, cela n’est pas souhaitable de reporter votre réponse uniquement par peur de la réaction de votre interlocuteur. Une réponse immédiate vous permettra alors de passer à autre chose.

Si la personne insiste malgré votre refus répété et poli, vous pouvez alors montrer vos sentiments face à son insistance. « Je regrette que tu persistes à me demander cela. Je me sens bousculé. Comme je te l’ai dit, je ne suis pas disponible aujourd’hui ».

Si malgré tout elle continue à répéter sa demande, vous pouvez alors lui demander un changement: « J’aimerais vraiment que tu cesses d’insister ».

Quand vous commencerez à mettre ces stratégies en application, rappelez-vous que les gens de votre entourage sont habitués à vous voir agréer à leurs demandes, et qu’ils vont insister énergiquement au début dans l’espoir de vous voir changer d’avis. Avec le temps, ils vont s’habituer au fait que lorsque vous dites non, c’est vraiment non et ils n’insisteront plus. Il est très important de ne pas céder lorsque vous commencez à modifier vos habitudes, sans quoi les gens de votre entourage vont retenir que malgré votre refus, il suffit d’insister énergiquement pour que vous changiez d’idée. Commencez par vous pratiquer dans des situations faciles, moins importantes. Vous deviendrez progressivement plus habile.

Source: Vivre avec un malade sans le devenir, Bruno Fortin et Sylvain Néron, Éditions du Méridien, 1991
Publié dans : Journal Entre-Nous | Septembre-octobre 2002 | APPAMM-ESTRIE)
Pour en savoir plus : www.psychologue.levillage.org

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