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La maladie mentale et le suicide

29 janvier 2010

Le processus de crise se caractérise par trois étapes soit: la désorganisation , le point limite et la réorganisation.

Selon le principe d’homéostasie, toute personne essaie de maintenir un état d’équilibre dans sa vie. Lorsqu’un événement vient briser ce système d’équilibre, la personne essaie de retrouver son état antérieur, plus confortable, en utilisant plusieurs stratégies d’adaptation. Chaque personne a appris, avec le temps, à traverser des situations difficiles et a mis au point une gamme personnelle de stratégies. Un peu comme un coffre à outils. Ces outils peuvent être de trois ordres soit 1) les outils constructifs, qui servent à résoudre le problème comme consulter, en parler à un ami; 2) les outils neutres qui servent à se défouler, prendre une pause comme prendre un bain, sortir de la maison, lire; et 3) les outils destructeurs, qui empirent le problème et qui en causent d’autres comme l’alcool, la violence, le suicide.

Toutefois, des événements ou des stresseurs positifs (tomber en amour) ou négatifs (perte d’une personne significative) peuvent briser cet état d’équilibre. La personne se retrouve en état de détresse. Cette situation précède la situation de désorganisation et se situe donc à l’étape de la pré-crise.

Il arrive, lorsque l’état d’équilibre est rompu, que les moyens utilisés pour rétablir cet équilibre ne fonctionnent pas ou ne suffisent plus dans cette situation particulière. La personne perd alors ses capacités habituelles de faire face aux stresseurs puisqu’elle a épuisé son carnet de réponses habituelles et qu’elle a essuyé des échecs répétés dans la résolution de ses difficultés. Déjà en situation inconfortable, la personne se sent de plus en plus en perte de contrôle et évalue sa situation de façon négative. Elle se retrouve alors dans un état de vulnérabilité et de tension. Elle ressent de la tristesse, de l’angoisse et de l’anxiété, contribuant à accroître la tension qu’elle vit. On qualifie cette étape par un état de désorganisation. On peut observer des changements au plan affectif, au plan de la perception du problème, au plan comportemental ainsi qu’au plan physiologique.

Cet état peut se résoudre de deux façons. D’une part, la personne pourra tenter et trouver de nouvelles options et stratégies d’adaptation qui lui permettront un retour à un certain équilibre. Ces options peuvent s’avérer bénéfiques et permettre à la personne d’acquérir de nouveaux mécanismes. D’autre part, la personne peut échouer dans ses tentatives pour résoudre sa difficulté, ce qui peut avoir pour conséquence une dégénération de son état de désorganisation en état de point limite. Plus la situation perdure, plus la souffrance est importante et le déséquilibre, extrême. La personne cherchera par tous les moyens à diminuer la souffrance, la tension et l’anxiété.

Le point limite constitue le sommet à partir duquel la crise va prendre une nouvelle orientation. Il équivaut au maximum de tension tolérable par une personne.. Il faut reconnaître que la possibilité de passage à l’acte est imminente, puisque n’importe quel moyen susceptible de réduire l’intensité devient envisageable, malgré les conséquences qu’il peut entraîner. À ce moment, tout moyen propre à engourdir la souffrance, à court terme, peut être utilisé tel que la psychosomatisation, l’alcoolisme, la toxicomanie ou la médication ainsi que des gestes d’agression envers elle-même ou envers les autres. Suite à tout état de déséquilibre, il y a une phase de récupération. Cette étape marque le retour des moyens utilisés pour contrôler à nouveau la situation. Il s’agit d’une phase de transition. Tout peut aller dans un sens ou dans l’autre : on peut assister à une consolidation de la réorganisation ou à un retour à la réorganisation. En période de réorganisation, l’individu, reconnaissant qu’il ne suffit pas à la tâche, accepte de s’en remettre à autrui, demande de l’aide ou encore cherche à composer avec sa situation en développant de nouvelles façons de la voir et d’y répondre.

Pour une personne atteinte de maladie mentale, l’état d’équilibre est parfois précaire. Elle se retrouve généralement en état de désorganisation pour une longue période de temps puisqu’elle doit s’adapter aux multiples bouleversements provoqués dans sa vie par l’apparition de la maladie mentale. En conséquence, un tout petit élément déclencheur pour amener l’état de point limite.

Chez certaines personnes suicidaires étant aux prises avec une maladie mentale, le suicide, tant sur le plan des menaces, des idéations que des tentatives, sera utilisé comme moyen pour mettre un terme aux souffrances et tensions engendrées par le déséquilibre créé par la maladie. L’option suicide fera dès lors partie intégrante de leur répertoire de solutions.

Lorsque la personne utilise l’option suicide de façon privilégiée comme mécanisme d’adaptation , cela créé parfois l’impression que la personne est un «terroriste relationnel», puisque nous nous sentons terrorisés par sa menace de suicide. S’agit-il de manipulation ? Tout dépend sous quel angle nous regardons la manipulation.

La manipulation, c’est utiliser les autres pour qu’ils répondent à notre besoin. Nous utilisons tous la manipulation à un moment donné dans notre vie pour arriver à nos fins. Parfois il arrive que certaines personnes utilisent la menace suicidaire pour attirer l’attention de quelqu’un, pour arriver à leurs fins, pour retenir l’autre ou tout simplement pour appeler à l’aide. Les attitudes et les comportements de personnes qui manipulent avec la notion de suicide sont influencés par un fort sentiment de vulnérabilité. Ces personnes ont un seuil de tolérance extrêmement bas face aux stresseurs; de là leur immense besoin de se protéger contre toute difficulté et par le fait même, d’utiliser de mauvaises stratégies d’adaptation.

Lorsque l’on se sent manipulé ou qu’on a l’impression que la personne utilise la notion de suicide pour obtenir quelque chose de nous, il faut aller voir ce qui se cache comme besoin derrière la menace suicidaire. Il faut aller voir ce qui se passe, ce qui fait souffrir l’autre pour qu’il parle de suicide. Il faut nommer les choses, par exemple : « J’ai l’impression que tu es très en colère et que ta façon de nommer cette colère, c’est de menacer de te tuer. Est-ce que je me trompe? » Il faut toujours prendre au sérieux une personne qui parle de suicide, même si on pense que cela peut être de la manipulation.

Les conseils du sage

Voici un coffre à prendre soin de soi. Ce sont des outils qui permettront de croire en l’autre et le rejoindre dans sa souffrance sans se perdre.

  • Se permettre de vivre ses émotions (colère, tristesse, impuissance, etc.).
  • Ne pas rester seul, en parler à un ami, consulter un professionnel.
  • Ne pas avoir honte et se culpabiliser face à son vécu ou au vécu de notre proche.
  • La spiritualité, la prière.
  • S’informer, se documenter sur la maladie de notre proche : conférences de l’APAMM-ESTRIE, lecture, téléphoner à un intervenant, etc.
  • Se faire plaisir : faire des activités, aller magasiner, prendre un bain.
  • Identifier ses limites et les mettre.
  • Respecter ses besoins.
  • Dans notre horaire, se dégager du temps pour soi.
  • Consulter un professionnel (psychologue privé, JEVI, APAMM-ESTRIE, etc.).

Vous avez des outils, vous aussi, pour prendre soin de vous. Votre coffre est probablement rempli, donc, ces outils vous seront sûrement utiles à un moment donné dans votre vie. N’oubliez pas, il faut commencer par prendre soin de soi avant de pouvoir aider les autres à prendre soin d’eux.

Source : Journal Entre-Nous | Mai-juin 2002 | APPAMM-ESTRIE

En mai 2002, avait lieu la treizième clinique offerte aux membres de l’APPAMM-ESTRIE.
Vingt deux (22) personnes ont assisté à cette soirée, en compagnie de Mme Joyce Chagnon, psychologue chez JEVI-Centre de prévention du suicide de l’Estrie. Ce qui précède est un résumé du contenu abordé lors de cette rencontre.

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