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Un message de Claude, père d’un fils atteint de schizophrénie

01 octobre 2005

Mon message s’adresse particulièrement aux hommes, à ces pères qui sont confrontés à la maladie mentale d’un fils ou d’une fille. Pour la vivre depuis plus de 10 ans, j’aimerais vous faire partager mon expérience mais surtout ma perspective devant cette dure réalité avec laquelle j’ai dû apprendre à vivre.

En quelques lignes, voici notre histoire avec mes lunettes de père de famille. Je nous qualifierais comme étant une famille comme une autre, c’est-à-dire avec un emploi stable, trois beaux enfants, rien pour écrire un roman. Nous voici rendus à l’adolescence de notre plus vieux. Un petit groupe de musique occupe ses loisirs mais en cours de route, certains signes nous font comprendre que quelque chose d’inhabituel se produit, lui-même s’en rend compte car il nous demande de l’aide. Rencontres, querelles, visites chez le médecin et j’en passe, le verdict semble implacable, d’après le médecin il s’agit de schizophrénie. J’ai encore de la difficulté à écrire ce mot.

Aujourd’hui, je peux vous dire que ma femme et moi, nous nous sommes complètement oubliés au point où notre couple en a souffert. On s’est oublié car lors du verdict on nous a coupé tous nos moyens, on a dû lutter contre l’ennemie, la connaître, personne ne nous l’avait présentée avant le diagnostic. Chaque décision était douloureuse, on ne savait jamais si c’était la bonne. Elles étaient souvent prises à la hâte. De plus, ma femme et moi n’avions pas toujours la même vision. Mon coeur de père était émietté, j’allais courir pour tenter de retrouver un peu d’oxygène, j’avais l’impression de ne plus être capable de respirer.

Rapidement, nous avons été confrontés à deux choix : le premier impliquait la fuite et on se laissait aller à la dérive avec ce que cela implique ou l’on acceptait le verdict, on décidait de faire face à la réalité en prenant les moyens pour s’en sortir. Oui, sortir les membres de notre famille de leur stupeur, face à cette inconnue qu’est la maladie mentale avec tout ce que cela implique. Vous comprendrez que si j’ai accepté de m’adresser à vous, c’est que nous avons décidé de survivre. On ne connaissait pas toutes les facettes de cette inconnue, nos autres enfants encore moins. Comme père, je me sentais responsable et je savais que je ne pouvais faire de compromis sur certains aspects de notre vie familiale, nos filles devaient poursuivre leurs études, fréquenter leurs amis et se faire une identité.

À travers toutes nos démarches nous avons pris contact avec une association-membre de la FFAPAMM. Nous avons appris ensemble, ma femme et moi à maîtriser cette réalité qui est maintenant la nôtre. Avoir un fils qui est différent, implique qu’il a fallu revoir nos aspirations, apprendre à vivre le moment présent. Nous avons redécouvert le dialogue et ramené au premier plan la discussion. En plus d’obtenir de l’information sur la maladie de notre fils, nous avons grâce aux membres et au personnel de l’association, grandi comme individus.

À vous les hommes, ces pères en désarroi, je veux vous dire qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide et surtout n’hésitez pas à partager en couple, votre conjointe est bien placée pour comprendre votre douleur. Nous sommes redevenus une famille comme une autre, nous avons toujours deux belles filles et un garçon merveilleux qui ne demande qu’à être aimé et à développer son autonomie.

Claude Côté
Octobre 2005

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